Asterop analyse l'impact du développement de la grande distribution généraliste sur le commerce de proximité
Après avoir analysé les situations concurrentielles à l'échelon local des acteurs de la distribution généraliste et spécialisée, ainsi que les opportunités de développement de l'urbanisme commercial dans ces mêmes secteurs - et ses impacts en terme de croissance et d'emploi -, Asterop s’est intéressée dans sa nouvelle étude à la situation du petit commerce de proximité (commerces de bouche) sur chacune de 629 zones de vie découpant le territoire national selon la mobilité des français.
Au travers de cette nouvelle étude, Asterop entend éclairer le débat actuel sur la Loi de Modernisation de l’Économie dans son volet relatif à l’urbanisme commercial. Force est de constater que le débat actuel se focalise sur le thème délicat de l'impact sur le petit commerce du développement de la grande distribution. Autrement dit, l'essor de la grande distribution explique t-il le déclin présumé du petit commerce en France ? Pour apporter des éléments de réponse objectifs à cette question essentielle dans le contexte actuel, Asterop a adopté, pour le cas particulier du petit commerce, la même méthodologie que celle mise en oeuvre pour l'analyse du cas de la grande distribution. Asterop a ainsi analysé le niveau de couverture par le petit commerce de chaque zone de vie en vue d'identifier d'éventuelles disparités, ainsi que la corrélation éventuelle entre le niveau d'équipement commercial pour la grande distribution et celui du petit commerce. Enfin, l’étude s’est attachée à explorer les opportunités de développement des petits commerces, zone par zone.
Les enseignements de ces nouveaux travaux d'étude (validés par un comité scientifique indépendant) sont à la fois très clairs et très surprenants. Ils bousculent bien des idées reçues.
De 1966 à 1998, le nombre de petits commerces de bouche décline de façon spectaculaire avec une baisse en nombre de 70 % (sur une période de 30 ans : source INSEE). Cette baisse spectaculaire s’explique par l’émergence du concept du « libre service », et notamment des formats supermarchés nés en 1958 et hypermarchés nés en 1963.
De 2001 à 2008, le déclin laisse place à une stagnation malgré la montée en puissance de la grande distribution. Dans cette période en effet, le petit commerce va connaître une baisse limitée de 2,5 % sur 7 ans. Un point de rupture de la baisse donc d’autant plus significatif que l’évolution du nombre de grandes surfaces s’intensifie dans cette période. Si le nombre total des petits commerces stagne, cette période va connaître un développement néanmoins important de certaines catégories de petits commerces (de +4 à +25 % !), notamment les marchés, les nouveaux commerces alimentaires (bio, produits frais ou encore commerces équitables) et les commerces de boissons (cavistes, hors bars ou restaurant).
L’analyse du taux de couverture de petits commerces de bouche par zone de vie Asterop définie comme étant la consommation alimentaire des ménages en euro rapportée au nombre des petits commerces montre des disparités étonnantes : certaines zones de vie se caractérisent par un nombre de petits commerces 4 fois plus important que d’autres pour le même potentiel de consommation des ménages.
Un paysage contrasté observé pour tous les types d’agglomérations (petites, moyennes ou grandes) : ainsi l’agglomération de Béziers a 67 % de petits commerces en plus que la moyenne nationale pour le même potentiel de consommation des ménages, c’est le cas également des zones de vie de Nîmes (+43 %), Marseille (+30%), Caen (+22%) ou encore Champagnole (+55%)
A l’inverse, l’agglomération de Brest a 50% de moins de petits commerces que la moyenne nationale, c’est le cas également des zones de vie de Nantes (-47%), Orléans (-45%), Reims (-40%), Nancy (-38%), Chambéry (-30%) ou encore Châlons en Champagne (-40%).
La comparaison par zone de vie entre niveau d’équipement des petits commerces et celui de la grande distribution montre une corrélation légèrement positive, mais pas de corrélation négative. Contrairement aux idées reçues, la présence des petits commerces n’est donc pas négativement impactée par celle de la grande distribution ; au contraire même, le petit commerce est plutôt légèrement développé là où la grande distribution l’est aussi.
Une réalité confirmée par l’analyse des différentes situations observées par zone de vie : Sur les 629 zones de vie couvrant le territoire français, 390 (62%) ont des niveaux d’équipement sensiblement équivalent en GSA et en petits commerces et seuls 239 (38%) ont des déséquilibres en faveur de l’une ou l’autre de ces formes de commerce. Même conclusions pour la comparaison par zone de vie entre l’évolution du petit commerce entre 2001 et 2008 et le niveau d’équipement généraliste. Les évolutions du petit commerce par zone de vie ne sont donc pas liées au niveau d’équipement en grandes surfaces généralistes, il existe même une corrélation légèrement positive. Le postulat selon lequel le niveau de développement de la grande distribution entraînerait nécessairement le déclin du petit commerce est donc contraire à l’analyse objective des faits.
« Une conclusion claire, le petit commerce coexiste donc avec les grandes surfaces généralistes, y compris dans une période de développement soutenu de la GSA, démontrant ainsi que ces deux formes de commerce peuvent se développer et prospérer de façon indépendante, sans que l’une ne prenne le pas sur l’autre », déclare Christophe Girardier, PDG d’Asterop.
Parmi les zones identifiées par Asterop où le consommateur trouvera une forte densité de petits commerces et de grandes surfaces alimentaires on trouve l’agglomération de Caen (22% de plus de petits commerces et 18% de plus de GSA), de Marmande (95% de plus de petits commerces et 72% de plus de GSA), Nîmes (43% de plus de petits commerces et 13% de plus de GSA).
Parmi celles où le consommateur trouvera une forte couverture de petits commerces, et une faible couverture de grandes surfaces, on trouve la zone de vie de Marseille (30% de plus de petits commerce et 10% de moins de GSA), la zone de Montpellier (9% de plus de petits commerces et 10% de moins de GSA), la zone de vie de Lyon (6% de plus de petits commerces et 26% de moins de GSA).
Parmi les zones où le consommateur trouvera une faible couverture du petit commerce et une faible couverture de grandes surfaces, on trouve les zones de vie de Chartres (43% de moins de petits commerces et 10% de moins de GSA), de Brest (49% de moins de petits commerces et 10% de moins de GSA), de Grenoble (25% de moins de petits commerces et 30% de moins de GSA) ou encore celle de Nantes (47% de moins de petits commerces et 20% de moins de GSA).
Au regard des inégalités d’accès des Français aux petits commerces, il existe donc bien des perspectives de développement de cette forme de commerce. Asterop a identifié des zones à potentiel de développement des petits commerces de bouche par l’observation des situations réelles d’équilibre entre petits commerces et GSA. Le postulat de base consistant à considérer que le niveau d’équipement en petit commerce observé dans les zones bien couvertes (hors situations atypiques) peut être appliqué à l’ensemble des zones de vie à potentiel de consommation des ménages équivalent.
Les zones pouvant être considérées comme bien couvertes correspondent à 60 à 80 % des meilleurs ratios de couverture selon le type d’agglomération. Parmi les zones identifiées par Asterop comme disposant d’opportunité de développement du petit commerce de bouche, on peut citer les zones de vie de Nantes, Toulouse, Lille, Bordeaux, Dijon, Orléans… pour ce qui concerne les zones de vie de grande taille.
Les zones de vie de Brest, Chartres, Thionville, Bourges, Landerneau, Longwy ou encore Vernon… pour ce qui concerne les zones de vie de taille moyenne ou petite.